mercredi 27 août 2008

La petite mort du matin

A quelques années de cela, je claironnais que mourir ne me faisait pas peur. Je ne m'imaginais pas un instant en mourante, la mort n'était qu'un mot lointain au son guttural. On ne prononce pas "mort" comme "or", le mot "mort" met un point final, la bouche n'est pas complètement ouverte, ça sent déjà le couvercle qui se referme.
Au contraire, le mot "or" laisse entrevoir la luette, il est comme une promesse pour la chasse aux très ors.
Danielle ma soeur me racontait ses angoisses du matin, je m'esclaffais, je lui faisais le grand couplet bouddhiste, celui là même que j'adresse toujours à ceux qui vont la toucher du doigt, je pense à toi, Diane en écrivant ces mots. Je pense à la mort prochaine de ce vieux lion et à ce que tu endures.
Seulement voilà...
Je suis tombée dans les rêts moi aussi. Et chaque matin, au réveil, j'ai une dizaine de minutes extrêmement douloureuses. Une peur panique me submerge et cette lancinante rengaine, les premiers mots que je forme dans mon esprit sont : "je vais mourir", c'est foudroyant !
Parce que oui, je vais mourir.
Mais de le penser ainsi ouvre des brèches, des fissures monumentales dans lesquelles je me laisse tomber.
Ca ne dure jamais plus longtemps que ces dix minutes, la vie reprend son corps et l'eau de la douche termine le nettoyage des idées morbides.
Parfois, comme ce soir, en rentrant, j'ai un flash lugubre, comme ça ! sur la route ou à la terrasse ensoleillée d'un café et paf le "je vais mourir" vient s'incruster. Là aussi, cela s'évapore rapidement mais je me sens devenir fragile de l''idée. Clément dit toujours que je me "capillarise" quand il me voit éclater en sanglots a la vue d'un animal tué. Pourtant, dans le quotidien, je suis plutôt ce qu'on appelle une bonne résistante, j'endure bien et j'ai les épaules à peu près à la bonne place, oui mais je vais quand même mourir.
Tu parles d'une supercherie. Tout ça pour en arriver là !
Et tous ces livres que je n'aurais pas lus, tous ces voyages qu'il me reste à faire, tous ces gens à rencontrer...
Mourir un jour ? mais alors le plus tard possible et en bon état, droite comme un I majuscule, pas l'ombre d'une cataracte dans l'oeil, sans arthrite, le cheveu conquérant, et l'esprit actif, c'est possible ?
Mourir dit ma soeur, ça commence à te grignoter à la cinquantaine, chaque jour, ça rogne un peu de ta carcasse, j'ai un peu d'avance on dirait.
Et avec ça, pendant ces fameuses dix minutes, ça carbure à fond là-haut, je pense à tout ce que je vais laisser et surtout je pense à mon fils, lui livrer une mort correcte sans ennuis. Je pense à ce qu'il va devenir, j'imagine que tous les parents du monde se sont posé la même question, mais chaque jour, je suis plus poreuse.
Mortifère mon billet ?
Est-ce que la vie est toujours rigolote ?
J'ai cette angoisse, c'est vrai, elle me met au trente sixième dessous, mais j'en ressors et plus vigoureuse.
Je crois que j'ai très peur de mourir, voilà la vérité, même si je la sais inéluctable ;-)
N'empêche darling, maintenant tu sais pourquoi je suis la première à me réveiller, je ne peux ni ne veux partager mes dix minutes, aussi saumâtres soient-elles, elles sont à moi seule.

Ca va mieux en le disant ;-)
Pourtant, pourtant, en bonne place dans ma bibli, il y a :
Extrait :
Vivons heureux Chapitre vif
  • Après avoir humé prudemment de droite et de gauche l'air saturé de chaleur électrique, [un] premier hippopotame dit à [un] autre :
    _ C'est marrant. Je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'on est déjà jeudi.
  • Passe le temps et passent les semaines. Les hippopotames ont le spleen. Les jours sont opaques. Les nuits sont de cristal, mais l'hiver nous les brise.
Ah ouf, ça va vraiment mieux en le (re)lisant !

7 commentaires:

leil a dit…

Je ne trouve pas ton billet "mortifère". (Joli mot)
Au contraire, je trouve que c'est une ode à la vie. Si la mort te fait si peur, c'est justement parce que tu aimes la vie.
Bon Dieu que ça se voit dans tes écrits ! Je ne te connais pas physiquement, mais ce que tu écris chaque jour montre que tu sais voir les petits bonheurs qui balisent ton chemin. C'est ça que tu as peur de perdre.
Mais selon moi tu es déjà gagnante sur bien des fronts. Certaines personnes n'arrivent pas à s'émerveiller des choses de la vie et regrettent amèrement au moment de leur hiver de ne pas avoir goûté à la vie.
Toi au contraire, tu as pris la Vie sous ton aile et c'est toi qui mènes la barque.
Pour cette vision de la vie que tu possèdes en toi, je suis fière de te connaître.

Je danse sur un fil a dit…

Je suis très très émue de cette réponse (reniflements dans le kleenex !)
Merci Leiloonette, tu es aussi une si belle rencontre, si belle...

Et embrasse aussi ta babouchka ;-)

leil a dit…

Je la vois demain ma babou ! :D
Je lui ferai des gros baisers ! ;)

Homer a dit…

Moi aussi, je ne trouve pas ce billet morbide. Et c'est tant mieux que tout le monde meurt sinon faudrait construire des logements sur des kilomètres d'étages et supporter durant toute l'éternité, son voisin de pallier qui rote et qui pète, qui engueule sa femme (boniche) parce qu'elle n'a pas pris les bonnes bières chez Lidl... !
Et puis, comme disait un certain Jean-Paul Sartre, "l'enfer c'est les autres". Mais les autres, dans l'éternité. Nuance.

Moi aussi, je me dis que je vais mourir. C'est vrai que tant que j'apprécie la vie, que je la goûte comme un enfant, que je peux aimer, je voudrais qu'elle dure ; qu'elle dure. Cela dit, tout en écrivant, je pense que j'ai plus peur de la mort de l'autre (celui ou celle que j'aime) que de ma propre mort.

N'y a t-il pas situation plus terrible que de se retrouver seul au monde... ? :-(

Courage Lolo ! Prends-moi la main et continuons le chemin. Le contrôle technique est OK !

Elle est belle la réponse de Leil. :-)

Gros baiser pour te réconforter.

Christophe ;-))

Diane a dit…

Nope pas morbide du tout, juste réaliste comme je vis un grand bain de réalité ces derniers mois; plus tard? on va me transporter de maison en maison? il me semble que je sais faire mon petit bonheur partout mais là? dans ce temps là? je pourrai encore trouver des étoiles ici et là comme j'ai toujours su le faire, me recréer un petit monde a ma mesure?

Brefeu tu es réaliste et plus on prend de l'âge plus on réalise ce qui nous attend ou pas...
Pas de panique parce que c'est différent pour chacun ma belle.
Moi aussi je veux finir droite comme un I comme maman, mais j'ai déjà une petite bosse de bison au haut du dos.
La vieillesse c'est parfois dans le corps qu'elle arrive mais la tête reste verte elle. Et moi je profite de ma tête.

Demain je vais recréer du bonheur chez le vieux lion qui a retrouvé toute sa tête en changeant de médication.

Il va bien le doc m'a passé un coup de fil tout a l'heure donc je partirai tranquille. Je vais décorer son petit home et faire un petit bonheur a l'oeil;mettre des jolis cadres, rideaux, chaises que j'ai repeintes ce matin, coussins, une petite fierté aussi dans les vêtements que je lui ai acheté; gais, confortables mais assez chic comme il aimait.

Si on peut garder une petite fierté partout Lolo, on peut rester heureux tu sais! Hein Lolo? je crois hein?

Anonyme a dit…

ça me le fait aussi! mais c'est vrai que je suis déjà en cinquantaine!
Pas forcément au lever, mais dans la journée va savoir pourquoi boum cette pensée m'uppercute.
ce n'est pas la mort qui fait peur, c'est la souffrance qui peut mener à cet état de fin. Tout le monde ne meurt pas sereinement en plein sommeil nous ne sommes pas égaux devant la faucheuse.
Alors that is the question : faut-il choisir sa mort?
baisers en couronnes
Pascal

Anonyme a dit…

Devis à trépas

Fausse soyeuse
La faucheuse
Me dépouille
Entre errements et agonie

Je suis le feu
Tout flamme
A la urne
A l'adieu
Pas de croix
Sur le chemin
L'enfer me ment

Dans le cortège
Les femmes que j'ai trahies
Me protègent

L'arbre a grandi
Coeur saigné par mes flèches
Et des initiales
Pour épitaphe

Mon dernier lit...

Quatre planches, des clous
En noir
Des veuves par poignées
D'amour